Faire participer les femmes à l’intervention lors de crises humanitaires

Women and girls are particularly vulnerable to physical and sexual violence, early, child, and forced marriage, and human trafficking.

Par Natalie Boychuck

Ancienne assistante de recherche pour le Grand Défi humanitaire, et étudiante à l’École Munk des affaires internationales

Être une femme dans une situation de crise humanitaire est loin d’être facile. Une réalité que Noura al Jizawi, révolutionnaire syrienne, mère de famille et étudiante en maîtrise à l’École Munk des Affaires internationales, comprend trop bien. Noura a été kidnappée par le régime Assad pour le rôle qu’elle a joué en tant que leader de la révolution et a été détenue pendant sept mois dans les prisons les plus tristement célèbres de Syrie, où la violence sexuelle et le manque d’accès aux produits d’hygiène féminine et aux soins obstétriques sont chose courante.

Ce n’est pas seulement un problème pour les prisonniers politiques. Les femmes et les filles qui ont été déplacées en Syrie sont terriblement exposées à la violence sexuelle. Une femme a décrit la situation comme suit : « Il y avait une fille à Alep, et un des voyous de l’armée l’aimait bien, et il l’a donc violée devant ses parents et d’autres personnes ». La violence sexuelle n’est pas seulement une question de gratification sexuelle. Dans le contexte d’un conflit, elle est utilisée pour anéantir la dignité et le courage des femmes et des jeunes filles et pour réduire leur pouvoir à néant. C’est cette réalité qui m’empêche de dormir la nuit et me fait réfléchir à la manière dont l’aide humanitaire peut rejoindre de façon plus efficace les femmes et les filles les plus vulnérables.

Environ 26 millions de femmes et de filles en âge de procréer ont actuellement besoin d’une aide humanitaire. Ces femmes et ces filles sont particulièrement exposées à la violence physique et sexuelle, aux mariages précoces, aux mariages d’enfants et aux mariages forcés, ainsi qu’à la traite des êtres humains, et souvent elles ne disposent pas des ressources nécessaires pour satisfaire leurs besoins fondamentaux. Ainsi, environ 500 femmes et filles en situation de crise humanitaire meurent chaque jour de complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Sans surprise, depuis le Sommet humanitaire de 2016, la communauté humanitaire s’accorde de plus en plus à reconnaître l’importance de répondre aux préoccupations particulières qui concernent les femmes et les filles touchées par des conflits.

La politique d’aide internationale féministe du Canada met l’accent sur le fait que lorsqu’on leur en donne l’occasion, les femmes et les filles ont le potentiel d’influencer et d’améliorer les interventions humanitaires. En bref, la mobilisation des femmes et des filles n’est pas seulement la bonne chose à faire; elle peut également révolutionner la façon dont nous fournissons de l’aide aux personnes qui en ont le plus besoin. Noura en est un parfait exemple. Après avoir fui la Syrie pour se réfugier en Turquie, Noura a commencé à travailler sans relâche pour protéger les femmes et les filles piégées en Syrie, en fondant une organisation à but non lucratif qui vient en aide aux femmes victimes de torture et en prenant la parole dans le cadre du Comité consultatif des femmes à Genève pour plaider en faveur d’un changement politique.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies a déclaré : La communauté humanitaire ne parvient pas à faire participer adéquatement les femmes et les filles aux plans, aux interventions et aux efforts de rétablissement qui sont déployés en leur nom. Il est clair que pour offrir aux femmes et aux filles les plus vulnérables l’aide dont elles ont besoin, les programmes humanitaires doivent améliorer leur capacité à s’adresser directement aux femmes et aux filles et à travailler sous leur direction. Cela m’a fait réfléchir profondément à ce que nous pouvons faire chez Grands Défis Canada en tant que bailleurs de fonds des innovations en santé mondiale, des innovations autochtones et humanitaires pour faire participer les femmes et les filles.

Nous avons récemment clos la demande de propositions pour  l’initiative Créer l’espoir dans les zones en conflit : Un Grand Défi humanitaire, que nous avons lancé en collaboration avec le Bureau de l’USAID pour l’assistance aux victimes de catastrophes à l’étranger (OFDA)  et le  ministère britannique du Développement international (DFID). J’ai été déçue d’apprendre que sur les 615 demandes que nous avons reçues, seulement 33 % émanaient de femmes. Néanmoins, je suis fière du fait que le Grand Défi humanitaire ait utilisé ces données comme une occasion de trouver des moyens de mieux rejoindre les femmes en situation de crise humanitaire, là où elles se trouvent.

Depuis la clôture de la demande de propositions, nous avons consulté des militants des droits des femmes dans les zones touchées par les conflits afin de mieux comprendre les obstacles qui empêchent les femmes de mener des projets et de s’informer sur les possibilités de financement. Nous avons fait pression pour assurer la parité des sexes chez les évaluateurs externes qui se portent volontaires pour évaluer les propositions, de façon à garantir que les préjugés liés au genre ne pénalisent pas les femmes lors de nos décisions de financement.

Il n’est pas facile d’aider les femmes et les filles vulnérables qui ont été victimes de violences sexuelles. Les causes sont complexes et multiples, et il est extrêmement difficile et coûteux de surmonter les obstacles qui empêchent de rejoindre les jeunes femmes afin de comprendre quels sont leurs besoins. Et pourtant, l’histoire de Noura démontre que les femmes sont capables de concevoir des solutions pour relever les défis auxquels elles sont confrontées et que lorsqu’elles le font, elles ont le pouvoir de changer complètement le statu quo.

J’ai hâte de voir le Grand Défi humanitaire à l’œuvre soutenir des projets audacieux et dirigés par des femmes qui s’emploient précisément à changer le statu quo.

Natalie Boychuk est une ancienne assistante de recherche pour le Grand Défi humanitaire, et une étudiante de l’École Munk des affaires internationales qui étudie les questions de paix et de conflits.

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